L'histoire des Templiers à Arles

Installés à Arles vers 1136, les Templiers y restent jusqu'à leur arrestation le 24 janvier 1308. Leur principale trace : la commanderie Sainte-Luce.

L'essentiel

👉 Les Templiers s'installent à Arles entre 1136 et 1146 : les premières donations datent de 1136 environ et une maison de l'ordre est attestée en juin 1146.

👉 Arles est, avec Saint-Gilles, l'une des deux maisons mères de l'ordre du Temple en basse Provence.

👉 La maison d'Arles gère au moins 38 établissements, du Trébon au nord de la ville jusqu'à la Crau et à la Camargue, avec des revenus tirés de l'agriculture, de l'élevage et du commerce sur le Rhône.

👉 Le grand maître des Templiers, Jacques de Molay, réunit un chapitre général de l'ordre à Arles en 1296.

👉 Les Templiers d'Arles sont arrêtés le 24 janvier 1308, trois mois après ceux du royaume de France, parce qu'Arles relevait alors du comté de Provence.

👉 Leurs biens passent aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem, futur ordre de Malte, après le concile de Vienne (1311-1312).

👉 La principale trace à Arles est la commanderie Sainte-Luce, rue du Grand Prieuré, entre le musée Réattu et les thermes de Constantin : elle ne se visite pas, sauf lors d'événements ponctuels.

👉 En Camargue, le mas de Méjanes, seigneurie templière à partir de 1240, conserve une tour qui pourrait dater de cette époque.

Qui étaient les Templiers d'Arles ?

Les Templiers d'Arles étaient les frères de l'ordre du Temple, ordre militaire et religieux fondé en 1119 à Jérusalem par le chevalier champenois Hugues de Payns. L'ordre se diffuse en Europe après le concile de Troyes, ouvert le 13 janvier 1129 et gagne la Provence dans les années 1130.

La communauté arlésienne reste modeste en nombre : en juin 1146, une vigne est vendue aux frères de la maison du Temple d'Arles en présence du commandeur Bernard, d'un chapelain et de dix frères. L'archevêque Raimon de Montredon (1142-1160) leur concède un terrain au nord-est de la ville, alors métropole épiscopale.

Le titre de « précepteur » désigne d'abord le chef de la maison : le mot commanderie ne s'impose qu'au XIVe siècle, (source : archives communales de la ville d'Arles).

Quand les Templiers se sont-ils installés à Arles ?

Les Templiers s'installent à Arles entre 1136 et 1146.

Détail important : les sources ne donnent ni la même date ni le même premier précepteur :

📜 Les archives communales d'Arles attribuent l'implantation provençale au frère catalan Arnaut de Bedos, qui reçoit les premières donations vers 1136 avec Bernat de Colador comme premier précepteur d'Arles en 1146.

📜 L'historien local Michel Morra fait de Bernard Rolland le premier précepteur, dès 1137.

📜 Les actes des Archives départementales des Bouches-du-Rhône montrent un templier simple témoin en 1142, puis une maison d'Arles bien établie en 1146.

Aucun acte de fondation n'a été conservé : seules subsistent des donations et des mentions de frères dans des actes privés, d'où ces écarts.

La date la plus sûre est 1146 pour une maison organisée, avec une présence de templiers à Arles dès le milieu des années 1130.

Que possédaient les Templiers autour d'Arles ?

Les Templiers d'Arles étaient de grands propriétaires fonciers. L'inventaire dressé lors de leur arrestation en 1308 recense des terres agricoles, des pâturages et des droits tout autour de la ville.

Plus précisément, l'historien Joseph-Antoine Durbec a compté, en 1938, au moins 38 établissements dépendant de la commanderie d'Arles.

Parmi lesquels :

👉 Le Trébon, au nord d'Arles : les acquisitions s'y enchaînent de 1145 à 1230, notamment grâce à un prêt consenti à Hugues V des Baux, vicomte de Marseille, qui cède en échange le pré de Baussenc. La famille des seigneurs des Baux revient souvent dans ces actes.

👉 La Camargue : à partir de 1170, sous le commandeur Guilhem de Solliès, l'ordre acquiert Corrèges, Méjanes et Paulon, puis des terres aux Saintes-Maries-de-la-Mer.

👉 Méjanes devient propriété de l'ordre entre 1216 et 1252 : le fils d'Hugues des Baux, incapable de rembourser le prêt des Templiers, leur cède la « villa ».

👉 Tarascon et Laurade : ces terres forment une commanderie secondaire gérée par la maison de Lansac.

👉 La Crau, à l'est d'Arles : l'ordre y possède notamment Rupta et la Vernède, sur la rive gauche du Grand Rhône. L'inventaire de Durbec, repris par Michel Morra, y ajoute une douzaine de sites, dont Saint-Martin-de-Crau et Archaimbaut.

👉 Le Rhône et la mer : Michel Morra décrit une trentaine d'établissements templiers et hospitaliers le long du Petit Rhône, qui contrôlaient le commerce fluvial par des péages. En 1307, deux frères d'Arles, Geoffroy et Manut, créent à Marseille un établissement doté de navires en Méditerranée.

La commanderie de Saliers, en Camargue, dirigeait elle-même plusieurs granges, dont Albaron et Méjanes.

Un seul commandeur, Guilhem de Solliès, regroupe sous son autorité les biens d'Arles et d'Avignon entre 1188 et 1198.

Pourquoi les Templiers ont choisi Arles et Saint-Gilles ?

À cette époque, Arles et Saint-Gilles contrôlaient le passage du Rhône, sur la route des croisades et des grands pèlerinages.

Aussi, Saint-Gilles accueille les Hospitaliers en 1101 puis les Templiers en 1135. La ville est à la fois un point de départ vers la Terre sainte et une étape vers Rome, Jérusalem et Saint-Jacques-de-Compostelle, sur l'actuelle Voie d'Arles vers Compostelle.

Par ailleurs, les maisons de l'ordre le long du Petit Rhône servaient de relais aux voyageurs.

La grange de Néga Romieu, la plus au sud, se trouvait près d'un gué fréquenté par les pèlerins : son nom provençal signifie « pèlerin noyé ».

Jacques de Molay, le dernier grand maître du Temple, choisit Arles pour réunir un chapitre général en 1296, trois ans après celui de Montpellier.

Comment s'est terminée l'histoire des Templiers à Arles ?

L'histoire des Templiers à Arles s'arrête le 24 janvier 1308 lorsque le viguier Peire de Forcalquier, accompagné de juges et de notaires, arrête les frères sur ordre de Charles II d'Anjou, comte de Provence.

💡 Arles ne fait pas partie du royaume de France en 1307. Aussi, l'ordre d'arrestation de Philippe le Bel du 13 octobre 1307 ne s'y applique pas.

Puis, le pape Clément V ordonne à son tour l'arrestation des Templiers dans toute la chrétienté, par la bulle du 22 novembre 1307.

Le 13 janvier 1308, Charles II envoie à ses viguiers et baillis deux lettres, dont la seconde ne doit être ouverte que le 23. Les arrestations ont lieu les 23 et 24 janvier dans tout le comté de Provence.

Les frères d'Arles sont enfermés dans la forteresse de Pertuis. L'un d'eux, le chevalier Raymond de Carminiano, finit pendu à Aix.

Les biens du Temple sont confiés à des administrateurs laïcs, puis attribués aux Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem après le concile de Vienne, ouvert le 16 octobre 1311.

Jacques de Molay meurt sur le bûcher à Paris le 18 mars 1314.

Que reste-t-il des Templiers à Arles aujourd'hui ?

Un seul édifice arlésien est rattaché directement aux Templiers par la ville : la commanderie Sainte-Luce. Le reste de l'héritage du Temple se lit dans les lieux repris par l'ordre de Malte.

La commanderie Sainte-Luce, rue du Grand Prieuré

La commanderie Sainte-Luce n'est pas à elle seule la « maison mère » de l'ordre : la maison du Temple d'Arles désigne l'institution, qui possédait au moins deux établissements en ville selon Michel Morra, Sainte-Luce au bord du Rhône et un autre au nord.

La commanderie de Sainte-Luce appartient d'abord aux Templiers, puis devient la propriété des Hospitaliers, selon le service patrimoine de la ville d'Arles.

Un seul de ses quatre corps de bâtiment date probablement du XIIIe siècle ; deux sont du XVe siècle et le dernier a été remanié au XVIe.

Le bâti visible est donc surtout l'œuvre des Hospitaliers : un portail au décor flamboyant de la fin du XVe siècle, une cour avec son puits, une tour hexagonale abritant un escalier à vis et une façade nord de 1587, typique de la Renaissance arlésienne.

💡 La commanderie ne se visite pas : restaurée dans les années 1980, elle abrite des services du musée Réattu et reste habituellement fermée au public. Seuls le portail et une partie des façades se voient depuis la rue. Elle ouvre lors d'événements et de manifestations spécifiques et a déjà servi de lieu d'exposition aux Rencontres d'Arles.

Les fouilles menées pendant la restauration ont mis au jour une rue dallée antique ; sans doute l'extrémité nord du cardo maximus.

Le Grand Prieuré de l'ordre de Malte, aujourd'hui musée Réattu

Le Grand Prieuré voisin n'est pas un bâtiment templier : l'ordre de Malte, héritier des biens du Temple, l'a construit à la fin du XVe siècle.

Le siège du prieuré est transféré de Saint-Gilles à Arles à la fin du XVIe siècle, en pleines guerres de Religion.

Le musée Réattu occupe l'édifice, classé monument historique en 1958 et devenu musée en 1868, au 10 rue du Grand-Prieuré. C'est le meilleur endroit pour comprendre ce qu'est devenu l'héritage templier après 1312.

Le musée Réattu est l'un des lieux culturels incontournables de Arles.

Méjanes, une seigneurie templière en Camargue

Le mas de Méjanes, au nord-ouest de l'étang du Vaccarès, entre Arles et les Saintes-Maries-de-la-Mer, est le site camarguais le plus directement lié aux Templiers.

Les Templiers en deviennent seigneurs en 1240, après le défaut de remboursement de la famille des Baux, qui avait engagé ses droits auprès de la maison d'Arles.

On dit que le domaine « aurait » appartenu aux Templiers au XIIIe siècle, et sa tour a peut-être été construite à cette époque, avant d'être fortement modifiée au XVIIe siècle. Le domaine, lui, présente le mas comme une ancienne demeure templière.

Le domaine de Méjanes, propriété de la famille Ricard depuis 1939, se visite pour ses activités (arènes, promenades à cheval, restaurants), mais le château est la maison familiale de la propriétaire et se loue comme hébergement à Arles.